Ce matin, le soleil est à peine lever qu’il est déjà sur le pied de guerre. Jeune garçon de 16 ans, cheveux blond, mi-long en bataille, peau blanche et visage poupon. Petit androgyne avec quelque poil au menton. Dans la salle de bain, il fouille pour trouver sa brosse. Bien qu’il ne soit pas fan des coupes stricts et des cheveux lissé, il est en droit d’être présentable. Même pour aller dans une Z.E.P.
Petit bout d’homme aux allures de rebelle, il sait rester à sa place quand il le faut et taper du poing face à une trop grande injustice. Il a la carrure d’un gamin de bonne famille, mais la vie en a voulu autrement. Orphelin a tout juste deux ans, il est envoyé chez son oncle. C’est un homme des bas quartier, d’une quarantaine d’année. Malgré son âge moyen, ses cheveux poivre et sel et ses traits tirés lui font paraître un âge plus avancé.
La vie ne l’a pas vraiment gâté lui non plus. D’abord manutentionnaire dans une grande usine, il a gravi les barreaux de l’échelle à la force de ses bras. Mais tout juste le sommet atteint, c’est tout l’empire qui s’écroule. Une fausse manipulation d’en haut et c’est la classe d’en dessous que l’on ampute. S’en est suivi quelques mois de chômage, et puis il a fallu recommencer. Repartir de zéro dans un petit appartement d’un H.L.M de banlieue.
Sa vie était loin d’être calme, les aboiements du contre-maître, l’agitation de la cité et puis il y a 14 ans, l’arrivé de ce petit bout de vie. C’était peut-être bien le seul bout de soleil qu’il est jamais eu. Une bonne motivation pour sortir la tête de l’eau. Lui qui n’avait jamais pris le temps que pour des amourettes, des aventures estudiantines d’un soir, se voyait confier un gamin de deux ans.
Il l’avait élevé comme s’il avait été son sang. Et le gamin avait su lui redonner le sourire chaque fois qu’une bouteille promettait l’oubli. Il le répétera plusieurs fois à ses collègues:
- Ce gamin est un ange.
S’il est bien un ange, il a fini au fond de l’enfer. Jeune blond aux yeux bleu, le regard froid mais chaleureux comme il est difficile de l’exprimer. Il lui devient vite impossible de s’intégrer. Lui qui croit en l’entre-aide et la compassion, n’a eu de cesse de se soucier de ses camarades. Certains le diront bonne patte quand il propose son aide pour des devoirs d’arithmétiques, mais très peu le remercie. Refusant une quelconque forme de violence, il est la cible privilégié de son environnement. Battu et insulté, c’est avec le sourire qu’il continue d’aider et de venir en cours. Allez savoir pourquoi.
Ce matin pourtant, c’est la mine renfrogné qu’il quitte les vingt-cinq mètres carrés de l’appartement. Il fait gris dehors et sa nuit a été agité. Son sommeil était bien loin des bras de Morphé, dans une pièce tapissé de rouge, il avait vu une femme se baigner dans le sang d’un homme. Puis sous les néons une femme suppliait la Mort de la prendre. Un éclair zébra le ciel alors que la porte de l’immeuble se refermait derrière lui.
- Salut !
- Tiens donc, Samaël... Ton petit sourire et ta voix mielleuse ne me laisse rien entrevoir de bon. Et puis je t’ai vu cette nuit. On dirait qu’elle te cause encore des soucis.
- A ce que je vois, Papy ne t’as pas lâché ici par hasard.
- Tu sais pertinemment qu’Il ne fait jamais descendre qui que ce soit sans raison et... C’est vrai, c’est pour toi que je suis là.
- Tu vas sans doute en rire, mais ça m’arrange. J’aurais difficilement pu rêver mieux pour me surveiller. Mais vu la tête que tu as, t’es pas là que pour moi. Je me trompe ?
- Non, du tout. Il a quelques projets d’ascension pour un des leurs. Il aurait dû te revenir mais tu sais comment Il est.
- Je suis bien prêt à lui laisser un homme, quand je vois l’arrivage de ses dernières années.
Capable de discourir avec un homme de deux fois sont âge et aussi mûr qu'un vieil érudit.
Ainsi était Gabriel.
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